Signification de l'estampe Hàng Trống : croyances, Têt et culture de la capitale

Signification de l'estampe Hàng Trống : croyances, Têt et culture de la capitale

L'estampe Hàng Trống n'est pas seulement l'imagerie « raffinée » de Hanoi. Elle est le reflet d'une culture urbaine et d'une vie religieuse très particulières : celles de l'ancienne capitale, où se croisaient bouddhisme, confucianisme, taoïsme et cultes populaires. Comprendre ce contexte, c'est comprendre pourquoi ses images ne ressemblent à aucune autre.

Une estampe de citadins

L'imagerie Đông Hồ est née pour les paysans ; l'estampe Hàng Trống, pour les habitants de la capitale — artisans, commerçants, fonctionnaires, lettrés. Cette clientèle explique trois traits majeurs :

  • une exigence de finesse : trait délicat, dégradés au pinceau, couleurs éclatantes ;
  • un goût lettré : inscriptions et poèmes en caractères chinois ;
  • un usage religieux très développé, au service des temples et des autels domestiques de la ville.

Les sources vietnamiennes résument cette identité : l'estampe Hàng Trống est le fruit d'une rencontre entre bouddhisme et confucianisme et de la beauté de la vie quotidienne, portée par l'esthétique du Kẻ Chợ, la ville marchande.

Deux usages : le culte et le plaisir

Le répertoire Hàng Trống se partage traditionnellement entre deux grandes fonctions.

Usage Nom vietnamien Fonction Exemples
Estampes de culte Tranh thờ Placées sur les autels, dans les temples et sanctuaires Ngũ hổ, Đức Thánh Trần, Mẫu Thượng Ngàn, Tứ phủ công đồng, Ông Hoàng Ba, Ông Hoàng Bảy
Estampes de plaisir Tranh chơi Décorer la maison, porter un vœu, surtout au Têt Lý ngư vọng nguyệt, Tố Nữ, Chim công, Tứ quý, Chợ quê

Selon les sources, les estampes de culte constituaient la part principale de la production. C'est la grande différence avec Đông Hồ, dominée par les images de vœux.

Le culte des Déesses-Mères et des génies

Une large partie des estampes de culte Hàng Trống est liée au culte des Déesses-Mères (Đạo Mẫu), dont les pratiques des Trois et Quatre Palais (Tam phủ, Tứ phủ) ont été inscrites par l'UNESCO au patrimoine immatériel de l'humanité en 2016. On y trouve :

  • les Déesses-Mères elles-mêmes, comme Mẫu Thượng Ngàn, Mère des Forêts ;
  • le panthéon réuni des Quatre Palais (Tứ phủ công đồng) ;
  • les Princes de ce panthéon, comme Ông Hoàng Ba et Ông Hoàng Bảy ;
  • les cinq tigres (Ngũ hổ), gardiens des cinq directions, qui protègent les sanctuaires.

À ces images s'ajoute le culte de Đức Thánh Trần — le général Trần Hưng Đạo (Trần Quốc Tuấn, 1228–1300), vainqueur des invasions mongoles, divinisé par la croyance populaire comme protecteur contre les envahisseurs et les forces maléfiques.

Ces estampes ne se contemplent pas comme des tableaux : elles s'installent sur un autel et participent au rituel.

Les estampes du Têt citadin

Côté plaisir, l'estampe Hàng Trống accompagnait le Têt hanoïen. Presque chaque famille achetait une image pour le Nouvel An, si bien qu'on l'appelait aussi tranh Tết. Les sujets favoris portaient des vœux de bonheur, de paix et de prospérité :

  • la carpe contemplant la lune (Lý ngư vọng nguyệt) et le paon qui danse (Chim công), traités en diptyque (nhị bình, deux estampes assorties), images de bon augure et de paix ;
  • les paravents de quatre estampes (tứ bình), qui déclinent les quatre saisons (Tứ quý), les quatre métiers — pêcheur, bûcheron, laboureur, bouvier (Tứ dân : ngư, tiều, canh, mục) — ou les jeunes musiciennes (Tố Nữ).

Le format tứ bình est en lui-même significatif : il relève d'une décoration intérieure ordonnée, symétrique, typique des intérieurs urbains et lettrés.

Raconter et faire sourire

L'estampe Hàng Trống sait aussi raconter et divertir :

  • estampes narratives : des récits en plusieurs panneaux tirés de la littérature, comme Nhị độ mai, Thạch Sanh, Truyện Kiều ou Phạm Công Cúc Hoa ;
  • estampes humoristiques : Chuột vinh quy (le retour triomphal du rat), Thầy đồ cóc (le maître crapaud) ;
  • scènes de la vie : Chợ quê (le marché de campagne), Canh nông chi đồ (les travaux agricoles), les jeux d'enfants comme Bịt mắt bắt dê (colin-maillard) et Rồng rắn (le serpent-dragon).

L'harmonie du yin et du yang

Au-delà des sujets, le sens de l'estampe Hàng Trống passe aussi par la couleur. Selon le maître Lê Đình Nghiên, les couleurs posées côte à côte obéissent à des règles : chaudes et froides s'équilibrent selon le principe du yin et du yang. L'image n'est pas seulement belle : elle est harmonieuse, au sens philosophique du terme.

Ce que l'estampe Hàng Trống nous dit de Hanoi

L'estampe Hàng Trống est un document précieux sur la capitale d'autrefois :

  • religieux — elle montre la place centrale du culte des Déesses-Mères et des génies dans la vie urbaine ;
  • social — elle révèle les goûts d'une classe citadine aisée et lettrée ;
  • esthétique — elle témoigne d'une imagerie populaire capable d'un raffinement proche de la peinture savante.

Sa quasi-disparition au XXᵉ siècle, puis sa survie grâce à la famille de Lê Đình Nghiên, en font aujourd'hui l'une des traditions les plus fragiles du patrimoine vietnamien.

🔗 Son histoire : Histoire de l'estampe Hàng Trống 🔗 Son procédé : Fabrication de l'estampe Hàng Trống de A à Z

Choisir une estampe Hàng Trống

Vous souhaitez… Type conseillé
Une estampe pour un autel ou un usage cultuel Tranh thờ : Ngũ hổ, Đức Thánh Trần
Un vœu de paix et de réussite Lý ngư vọng nguyệt, Chim công
Une décoration élégante en série Un paravent tứ bình (Tố Nữ, Tứ quý)
Une pièce pleine d'humour Chuột vinh quy, Thầy đồ cóc

FAQ

Quelle est la fonction principale de l'estampe Hàng Trống ? Elle servait à la fois au culte (estampes d'autel et de temple, la part principale de la production) et à la décoration du Têt (estampes de plaisir et de vœux).

Quel lien entre l'estampe Hàng Trống et le culte des Déesses-Mères ? De nombreuses estampes de culte Hàng Trống représentent les Déesses-Mères, les Princes du panthéon des Quatre Palais et les cinq tigres gardiens, utilisés dans les sanctuaires de ce culte.

Qu'est-ce qu'un tứ bình ? Un ensemble de quatre estampes destiné à être accroché côte à côte, sur un thème commun : quatre saisons, quatre métiers ou quatre jeunes musiciennes.

Pourquoi l'estampe Hàng Trống est-elle plus raffinée que Đông Hồ ? Parce qu'elle s'adressait à une clientèle citadine et lettrée : trait fin, couleurs peintes au pinceau avec dégradés, poèmes en caractères chinois.


Sources : Sở Văn hóa và Thể thao Hà Nội ; Vietnam+ (VietnamPlus) ; VOER ; Sài Gòn Giải Phóng ; Znews ; Tạp chí Biển Việt Nam ; Hanoi Creative City ; UNESCO (inscription des pratiques du culte des Déesses-Mères, 2016) ; M. Durand, Imagerie populaire vietnamienne, EFEO (1960, rééd. 2011).

VietArt — chaque estampe est accompagnée de sa signification et de sa traduction. Découvrir la collection →

Retour au blog