Comment est fabriquée une estampe Hàng Trống ? Le procédé de A à Z
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Une estampe Hàng Trống est à moitié imprimée, à moitié peinte. Seul le trait noir sort d'une planche gravée ; tout le reste — couleurs, dégradés, finitions — est l'œuvre du pinceau. Ce procédé hybride explique pourquoi deux estampes tirées de la même planche ne sont jamais identiques. Voici les six étapes, du dessin initial au doublage final.
Vue d'ensemble
| Étape | Ce qui se passe | Production |
|---|---|---|
| 1. Ra mẫu — le modèle | Dessin du sujet et de l'inscription | Une fois par sujet |
| 2. Khắc ván — la gravure | Taille de la planche de trait | Une fois par sujet |
| 3. In nét — l'impression du trait | Transfert du contour noir sur le papier | En série |
| 4. Tô màu — la couleur | Aplats peints au pinceau | Pièce par pièce |
| 5. Vờn màu — le dégradé | Modelé de la couleur le long du trait | Pièce par pièce |
| 6. Bồi tranh — le doublage | Renfort et montage de la feuille | Pièce par pièce |
Comme le résume la presse vietnamienne, l'imagerie Đông Hồ repose sur trois étapes (modèle, gravure, impression) ; Hàng Trống en ajoute une quatrième, décisive : la couleur à la main.
1. Le modèle (ra mẫu)
Le modèle était confié au meilleur artisan de chaque groupe — le plus fin, le plus expérimenté. C'est aussi lui qui rédigeait l'inscription de l'estampe. Les textes, souvent des poèmes en caractères chinois (par exemple des quatrains sur les estampes Tố Nữ), devaient éclairer le sens de l'image et équilibrer la composition, sans la surcharger.
2. La gravure (khắc ván)
À partir du modèle, on taille une seule planche : celle du trait. Selon le maître Lê Đình Nghiên, les artisans Hàng Trống n'utilisent que des planches de trait en bois tendre, de l'arbre lồng mực ou du kaki (gỗ thị). Il n'y a pas de planche de couleur, contrairement à Đông Hồ. La finesse de la gravure conditionne la délicatesse de tout le reste.
3. L'impression du trait (in nét)
C'est la seule étape réalisée en série. Le geste est l'inverse de celui de Đông Hồ :
- la planche est posée à plat, face gravée vers le haut ;
- l'artisan y étale l'encre de Chine (mực tàu) à la brosse ;
- il pose la feuille de papier sur la planche ;
- il frotte le dos de la feuille avec une fibre de courge séchée (xơ mướp) ;
- il décolle la feuille : le trait noir est imprimé.
À Đông Hồ, au contraire, c'est la planche que l'on presse sur le papier.
Le papier : les sources vietnamiennes indiquent le papier dó (giấy dó). Certaines sources mentionnent aussi le papier xuyến chỉ. Les estampes Hàng Trống sont souvent imprimées en grand format.
4. La couleur au pinceau (tô màu)
Une fois l'encre sèche, l'artisan peint les aplats de couleur au pinceau, zone par zone, en suivant un modèle coloré. Chaque feuille est traitée individuellement, et l'artisan peut ajouter sa propre touche au modèle. Certains maîtres dessinent même directement le motif et ses couleurs, sans passer par l'impression.
Les couleurs : à l'origine, comme à Đông Hồ et Kim Hoàng, elles provenaient de la nature — noir de cendre de paille, jaune de fleur de sophora, vert d'indigo, brun minéral. Pour séduire la clientèle de la capitale, les ateliers ont ensuite adopté l'encre de Chine et des colorants vifs (phẩm màu), qui donnent à Hàng Trống ses tons éclatants : rose, bleu, vert, rouge, jaune.
Le placement des couleurs obéit à des règles : selon Lê Đình Nghiên, couleurs chaudes et froides se répondent selon l'équilibre du yin et du yang.
5. Le dégradé (vờn màu / cản)
C'est le geste signature de Hàng Trống. Avec un pinceau large, chargé de couleur d'un côté et d'eau de l'autre, l'artisan longe le trait noir : la touche passe du foncé au clair et donne au sujet volume et souplesse. Une seconde passe de couleur diluée, le cản, adoucit encore le contour. L'effet final rappelle le lavis à l'encre.
6. Le doublage (bồi tranh)
Dernière étape : la feuille est doublée d'un papier de renfort collé au dos. Pour Lê Đình Nghiên, c'est une étape déterminante pour la réussite et la longévité de l'œuvre, qui exige une grande habileté. Une estampe mal doublée se gondole, se fragilise et vieillit mal.
Ce que ce procédé implique pour le collectionneur
- Chaque estampe est unique : les étapes 4 à 6 sont entièrement manuelles.
- La qualité varie selon la main : la finesse du vờn màu et la propreté du doublage distinguent une pièce de maître.
- La conservation est plus exigeante : les couleurs à base d'eau sont sensibles à l'humidité.
FAQ
Combien de planches faut-il pour une estampe Hàng Trống ? Une seule : la planche du trait noir. Toutes les couleurs sont peintes à la main.
Quelle est la différence d'impression entre Hàng Trống et Đông Hồ ? À Hàng Trống, la planche est posée face vers le haut et l'on frotte le papier posé dessus. À Đông Hồ, on presse la planche encrée sur le papier, une planche par couleur.
Qu'est-ce que le bồi tranh ? Le doublage de l'estampe avec un papier de renfort. Il assure la tenue et la conservation de l'œuvre.
Sur quel papier sont faites les estampes Hàng Trống ? Principalement sur papier dó, en grand format ; certaines sources mentionnent aussi le papier xuyến chỉ.
Sources : Sở Văn hóa và Thể thao Hà Nội ; Vietnam+ (VietnamPlus) ; Sài Gòn Giải Phóng ; Báo Pháp Luật Việt Nam ; Tạp chí Biển Việt Nam ; Tổng giáo phận Sài Gòn (tgpsaigon.net) ; M. Durand, Imagerie populaire vietnamienne, EFEO (1960, rééd. 2011).
VietArt — chaque estampe est documentée selon sa technique et son atelier d'origine. Voir la collection →