Histoire de l'estampe Hàng Trống : cinq siècles d'imagerie au cœur de Hanoi

Histoire de l'estampe Hàng Trống : cinq siècles d'imagerie au cœur de Hanoi

Contrairement à Đông Hồ ou Kim Hoàng, nées dans des villages, l'estampe Hàng Trống est une estampe de ville. Elle a grandi dans les rues marchandes de l'ancienne capitale, au service d'une clientèle citadine, des temples et des autels domestiques. Son histoire suit celle de Hanoi elle-même : prospérité commerçante, bouleversements du XXᵉ siècle, puis survie grâce à une seule famille.

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Un quartier, pas un village

L'estampe Hàng Trống doit son nom à la rue Hàng Trống (« rue des Tambours »), dans le vieux quartier de Hanoi. Sous l'ancienne organisation de la capitale, les ateliers se trouvaient dans l'ancienne circonscription de Tiêu Túc (devenue plus tard Thuận Mỹ), dans le périmètre formé par les rues Hàng Trống, Hàng Nón, Hàng Hòm et Hàng Quạt, à quelques pas du lac Hoàn Kiếm. À l'époque de sa splendeur, on vendait aussi les estampes rue Hàng Bồ.

C'est ce cadre urbain — celui du Kẻ Chợ, comme on appelait la ville marchande — qui explique le caractère de cette tradition : plus raffinée, plus colorée, plus spirituelle que l'imagerie paysanne.

Des origines au XVIᵉ siècle

Aucune date de fondation n'est documentée avec précision. Les sources disponibles situent l'apparition de l'estampe Hàng Trống vers le XVIᵉ siècle, sous la dynastie des Lê, et la décrivent comme le fruit d'une rencontre entre bouddhisme, confucianisme et croyances populaires. Comme à Đông Hồ, le métier se transmettait de père en fils.

Une précision importante : à côté des images du Têt, les artisans de Hàng Trống produisaient de nombreuses estampes de culte pour les temples bouddhiques et taoïstes et les sanctuaires de Hanoi. C'est l'un des traits qui distinguent nettement cette école.

L'âge d'or : fin du XIXᵉ – début du XXᵉ siècle

L'apogée de l'estampe Hàng Trống se situe à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. Le travail commençait aux onzième et douzième mois lunaires, pour répondre à la demande du Têt. Les feuilles s'étalaient alors sur les trottoirs, à côté des étals de calligraphes qui écrivaient les sentences parallèles et des marchands de fleurs de pêcher. Presque chaque famille hanoïenne achetait une estampe pour le Nouvel An — d'où son autre nom de tranh Tết, « estampe du Têt ».

Le maître Lê Đình Nghiên, né dans ce milieu, se souvient de rues animées toute l'année, où l'on venait de partout acheter des images pour le culte et pour le Têt.

Le déclin du XXᵉ siècle

Au cours du XXᵉ siècle, l'estampe Hàng Trống entre en déclin, accéléré après les guerres. Les causes, convergentes dans les sources :

  • l'évolution des goûts urbains, qui se détournent de l'imagerie traditionnelle ;
  • la faiblesse des revenus du métier, qui pousse les familles à changer d'activité ;
  • la destruction du capital : de nombreux ateliers brûlent leurs planches gravées et leurs outils en abandonnant le métier.

Peu à peu, plus aucune boutique d'estampes Hàng Trống ne subsiste dans les rues Hàng Trống, Hàng Nón, Hàng Hòm ou Hàng Quạt. Les œuvres authentiques ne se trouvent plus guère que dans les musées et les galeries.

Une tradition sauvée par une famille

Si l'estampe Hàng Trống n'a pas disparu, c'est grâce à la famille Lê, originaire du village de Bình Vọng (district de Thường Tín, ancien Hà Tây), installée rue Hàng Trống depuis près d'un siècle.

Génération Rôle
Lê Xuân Quế (grand-père) Artisan d'estampes rue Hàng Trống
Lê Đình Liệu (père) Artisan, transmet le métier à son fils
Lê Đình Nghiên Dernier grand maître, Nghệ nhân Ưu tú ; restaurateur au Musée des Beaux-Arts du Vietnam à partir de 1972
Lê Hoàn (fils cadet) Héritier, formé par son père et en restauration au musée

Pendant des décennies, Lê Đình Nghiên a été décrit comme le seul artisan encore actif de cette tradition. Il a regravé des planches, restauré d'anciens modèles et créé de nouvelles œuvres, comme Kéo co (le tir à la corde). La famille a ensuite quitté la rue Hàng Trống pour s'installer rue Cửa Đông, toujours dans le vieux quartier.

Le regain d'intérêt depuis 2020

Date Étape
2020 Après la restauration de la maison communale Nam Hương, rue Hàng Trống, l'arrondissement de Hoàn Kiếm et l'artiste Nguyễn Thế Sơn lancent le projet « De la tradition à la tradition » : des étudiants de l'Université des Beaux-Arts du Vietnam apprennent auprès de Lê Đình Nghiên, puis réinterprètent l'imagerie en laque et en soie
2023 Nouvelle exposition au Centre d'échanges culturels du vieux quartier, qui prolonge le dialogue entre tradition et création contemporaine

Le projet a suscité un nouvel intérêt du public et des jeunes générations, et inspiré des créations d'art appliqué. À la différence de Đông Hồ, toutefois, l'estampe Hàng Trống ne bénéficie pas d'une inscription UNESCO.

FAQ

D'où vient le nom de l'estampe Hàng Trống ? De la rue Hàng Trống (« rue des Tambours »), dans le vieux quartier de Hanoi, où se trouvaient les ateliers et les étals.

Quand l'estampe Hàng Trống est-elle née ? Les sources la situent vers le XVIᵉ siècle, sous la dynastie des Lê. Aucune date précise n'est documentée.

Quand a eu lieu son âge d'or ? À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, lorsque presque chaque famille de Hanoi achetait une estampe pour le Têt.

Qui perpétue aujourd'hui l'estampe Hàng Trống ? Le maître Lê Đình Nghiên, Artisan d'Excellence, et son fils Lê Hoàn.


Sources : Sở Văn hóa và Thể thao Hà Nội ; Báo Công an Nhân dân ; Báo Pháp Luật Việt Nam ; Sài Gòn Giải Phóng ; Cổng thông tin Thăng Long (chinhphu.vn) ; VTV ; The Factory Contemporary Arts Centre ; M. Durand, Imagerie populaire vietnamienne, EFEO (1960, rééd. 2011).

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